La riposte des travailleurs d'Inbev: Vers la grève générale ?
le 14/1/2010 23:00:00
Suite à l’annonce d’une énième restructuration annoncée par la multinationale brassicole, les travailleurs des sites de Jupille et de Louvain bloquent la sortie des marchandises depuis plus d’une semaine. La crise a bon dos et sert à gonfler les bénéfices des grandes entreprises…
On vient d’apprendre que, contrairement à Liège, la justice vient de permettre l’usage d’huissiers et de la police afin de lever les barrages filtrants dressés devant l’entrée du site de Louvain. Comme promis en ce cas, les syndicats viennent d’annoncer leur intention de recourir à la grève générale sur tous les sites d’Inbev !
Le plan patronal prévoit la réduction de pas moins de 300 emplois. Le site de Louvain sera le plus touché avec la perte de 179 emplois. Le site de Jupille devrait perdre 63 de ses 578 emplois. Enfin, 53 emplois doivent être supprimés dans les dépôts, trois chez HST (maintenance) et un à Hoegaarden, tandis que 40 emplois seraient créés sur le site de Louvain dans les divisions de télévente et du « Customer Service ». il ne s’agit pas nécessairement de licenciements secs. Mais la direction menace d’y recourir « en dernière extrémité ». Elle prévoit également de remplacer , comme de coutume, de vrais emplois par l’engagement d’intérimaires.
Jusqu’ici, outre la séquestration du CA à Jupille dans la nuit du 7 au 8 janvier, les travailleurs ont bloqué la sortie des marchandises afin de pouvoir continuer à travailler, d’abord au moyen de semi-remorques puis, depuis quelques jours, par un mur de 9.000 casiers (voir photos). De plus, la concertation de ce jeudi n'a rien donné et la coupe est pleine.
La direction justifie sa décision par une baisse de la consommation de 1,9 % en Belgique sans préciser que ce chiffre concerne une période de dix ans. En vérité cette décision fait suite à une série de licenciements dus à un train de restructurations mis en place depuis 2004. Elle fait ainsi payer aux travailleurs la fusion entre Interbrew (Belgique) et Ambev (Brésil) qui eut lieu le 27 août 2004. Il y eut trois restructurations touchant dix pays dès 2005. Ce sont d’abord 60 personnes sur 400 qui sont priées de partir dans les services administratifs de Louvain. Moins d’un mois plus tard ce sont 40 employés du quartier général mondial qui sont visés dans cette même ville tandis que la délocalisation en Russie du brassage de la « Hoegaarden » supprime 200 emplois sur les 2.898 que comprenaient alors encore les quatre sites belges. Enfin, malgré un milliard d’euros de bénéfices en 2005, le 24 février 2006 les services financiers et planning (Jupille) sont délocalisées en République tchèque et en Hongrie, ce qui condamne quelques 200 emplois et, à terme, les bâtiments liégeois. Dans le même temps, les directeurs belges sont remplacés par des Brésiliens et autres « coach » internationaux.
On voit que l’argument de la crise ne tient pas, d’autant plus que, selon la direction elle-même, la multinationale poursuit sa politique de réduction des coûts et sa philosophie de « zero based budgeting » qui consiste à faire partir chaque exercice budgétaire de zéro et non du résultat de la période précédente. Cela implique une politique commerciale approuvée par la commission européenne dès le 30 avril 2004 : elle est basée sur les marques fortes pour arroser les marchés internationaux. Le système d’Interbrew consistant à favoriser les marchés locaux (« World local brewer ») avait d’ors et déjà pris fin. Justifier les mesures actuelles par une diminution (minime) de la consommation belge consiste donc tout simplement à se foutre de la gueule des travailleurs !
La multinationale Inbev est au contraire l’une des entreprises qui n’a pas souffert de la crise (voir interviews filmées en bas) . Elle annonce un bénéfice de 1,8 milliards en 2008 et encore d’excellents chiffres pour 2009. (nvdr 2.8 milj. de bénefice en 2009 pour les 13 membres ... )
Dans son ensemble, Inbev ne voit pas baisser sa production. Au contraire même, la consommation de la Jupiler produite essentiellement à Jupille ne baisse pas et sa production augmente sur ce site. La crise a bon dos !
Le CAP refuse que le sacrifice des emplois de la plupart serve à gonfler le bénéfice de quelques-uns. Il s’oppose à cette logique de flexibilité et au gaspillage du savoir-faire des travailleurs au service de l’extension mondiale des multinationales sous la pression de leurs actionnaires et avec la complicité des politiques, dont Jean Luc Dehaene – celui-là même qui doit sauver notre pays – membre du CA d’Inbev. Joëlle Milquet déclare refuser « d’envisager de licencier aussi facilement d’un tel nombre de personnes alors que l’entreprise réalise des bénéfices ». Ah bon ! Devrait-on donc en licencier quand-même, mais moins ? « La délocalisation en Europe de l’Est n’est pas liée à la crise mais au coût du travail », dit-elle. Mais est-ce là réellement le problème ? Devrait-on encore diminuer ces coûts par divers avantages ou mieux, comme par le passé arroser cette entreprise avec l’argent de l’Etat?
Contrairement à elle, le CAP ne demande pas « à la direction d’Inbev de trouver d’autres pistes » car celles-ci seront d’office au désavantage des travailleurs.
Le CAP soutiendra les travailleurs d’Inbev jusqu’au bout dans leur décision éventuelle de grève générale afin que l’on applique une toute autre logique économique et se propose de chercher avec eux une alternative politique qui réponde à leur lutte.
SK/CAP
Une motion de solidarité a été envoyé par les ouvriers AMbev Bresil.
" Dans l'unité de production de Jacarei, a Sao Paulo,Bresil, nous allons disperser la nouvelle des grèves en Belgique et demander la solidarité des travailleurs. Ce sont les mêmes patrons qui nous paient mal et font travailler trop, qui veulent licencier nos collègues en Belgique! Nous exigons l'arrêt immédiat des 300 licenciements"